Bilinguisme ou Multilinguisme : Comment Accompagner son Enfant ?

Bilinguisme ou Multilinguisme : Comment Accompagner son Enfant ?

Le bilinguisme ou multilinguisme : comment accompagner son enfant et en faire un atout ?

On l’appelle la langue maternelle. En effet, c’est la première langue entendue par l’enfant. Le bébé en est bercé dès les premiers mois de gestation, puisque c’est celle qu’il entend de l’intérieur. Puis à la naissance, c’est celle qu’utilisera sa maman pour s’adresser à lui. Mais parfois, la langue maternelle est différente de la langue paternelle. Elle peut aussi être différente de celle utilisée au sein du couple parental, ou par la nounou. Dans certaines situations, c’est encore une autre langue qui est parlée dans le pays dans lequel vit la famille, ou encore dans l’école où va l’enfant…On parle alors de bilinguisme ou de multilinguisme. Comment accompagner les enfants qui évoluent dans un environnement bilingue ou multilingue ? Voici quelques pistes pour faire de cette richesse un véritable atout.

Il existe 3 types de bilinguisme chez l’enfant :

  • Le bilinguisme précoce simultané, qui correspond à la situation de l’enfant qui, au moment où il apprend à parler, est en contact avec chacune des deux langues ;

  • Le bilinguisme précoce consécutif désigne le cas de l’enfant qui apprend à parler successivement deux langues, de façon assez rapprochée dans le temps ;

  • Le bilinguisme scolaire signifie que l’apprentissage de la deuxième langue se fait dans le pays d’origine, c’est-à-dire dans le pays de la langue maternelle, et de façon strictement scolaire.

Dans quelle langue faut-il parler à son enfant ?

La langue est précieuse et tout enfant peut apprendre à parler plusieurs langues. Ce qui est indispensable, c’est de parler à son enfant en utilisant la langue dans laquelle on se sent le mieux, celle dans laquelle on peut tisser des liens affectifs avec lui. Même si elle est peu parlée dans le monde, il est préférable de communiquer en famille dans une langue peu connue, que de communiquer dans une langue plus connue, mais que l’on maîtrise mal. Car pour le langage comme pour le reste, les parents sont un exemple pour leur enfant, ils lui donnent le modèle qu’il va ensuite reproduire.

Il est donc primordial de parler à son enfant. Le jeune enfant ne peut comprendre et produire des mots que si un adulte les lui a adressés. Mais pour devenir réellement bilingue ou multilingue, l’enfant doit avoir besoin d’utiliser ces langues pour communiquer avec son environnement. Il s’agit alors de créer des situations où la langue minoritaire est inévitable. Avec un parent, mais aussi par le biais de groupes parents-enfants, baby-sitter, famille élargie, activités (sportives, artistiques, sorties), etc.

Le choix de la langue : la nécessité de rester constant

Une fois la décision de l’éducation bilingue prise, il est important de rester constant. Il ne faut jamais mélanger les langues au sein d’une même phrase, le risque serait de créer une confusion chez l’enfant et de lui offrir de ce fait des langues lacunaires. En effet, il ne bénéficierait pas des mêmes connaissances lexicales dans chacune de ces langues et cela l’empêcherait de structurer correctement sa syntaxe.

Le bilinguisme : la transmission d’une langue mais aussi d’une culture

L’enfant devra construire son identité avec la langue et la culture de ses parents et avec celles du pays dans lequel il grandit. Il est important de lui montrer, par des exemples concrets, qu’on peut faire partie d’un groupe tout en restant attaché aux origines de ses parents. Le plus important reste l’échange avec les autres.

L’enfant bilingue peut choisir la langue dans laquelle il répond

S’il opte pour sa langue dominante, il est possible de reformuler dans l’autre langue, sans lui donner l’impression de le corriger et en lui expliquant l’attachement à cette langue et le désir de le rendre bilingue. En général, l’enfant est logique, il sait quelle est la langue forte de son interlocuteur et s’adressera tout naturellement à lui dans cette langue.

Le risque est parfois de « jouer » au professeur de langues, ce qu’il faut éviter car le langage doit rester un plaisir. Il vaut mieux lui lire des histoires, l’intéresser au pays d’origine de cette langue, aller visiter ce pays qui la parle. Le but est de le rendre fier de sa langue et de la culture dont elle est l’expression. 

L’apprentissage d’une langue à l’école

Des difficultés peuvent apparaître lorsque l’enfant débute les apprentissages fondamentaux à l’école, dans une langue différente de celle du foyer. Il faut alors accepter qu’il se désintéresse temporairement de celle-ci, car il aura besoin de toute son énergie pour s’approprier celle de l’école. Il est important d’encourager l’enfant à progresser en s’intéressant à ses acquis et en faisant des efforts côté parental pour apprendre la langue qu’il emploie à l’école. L’apprentissage d’une nouvelle langue à l’école est un défi pour l’enfant, autant que lorsque l’enfant a deux langues au sein de sa famille. Sa réussite est conditionnée par sa motivation à apprendre. Il faut lui faire confiance et l’encourager en le félicitant pour ses progrès.

Bilinguisme ou multilinguisme et développement du langage de l’enfant

Le bilinguisme n’est pas à l’origine de troubles du langage. Il peut parfois retarder son apparition car l’enfant doit développer deux ou plusieurs langues en parallèle. De ce fait, cela pourra prendre plus de temps pour les intégrer sur le plan réceptif, avant de pouvoir les maîtriser sur le plan expressif. De même, un handicap langagier ou une déficience mentale n’empêchent pas l’enfant de devenir bilingue, dans la limite bien sûr de ses possibilités. Toutefois, le bilinguisme n’est pas non plus un antidote contre d’éventuelles difficultés langagières. Un enfant bilingue qui présente des troubles du langage aura besoin d’un accompagnement intensif. Surtout, il nécessitera que ses parents lui consacrent le temps et l’énergie nécessaires pour l’aider à progresser dans un tel environnement. 

Quoi qu’il en soit, si l’enfant n’a pas atteint certaines compétences dans au moins une de ses langues, il ne faut pas hésiter à prendre conseil auprès de professionnels (pédiatre, orthophoniste, psychologue).

Voici quelques raisons de consulter l’avis d’un professionnel :

  • Si à 3 ans, l’enfant est frustré quand il essaie de parler, qu’il ne combine pas plus de deux mots ensemble, qu’il n’écoute pas bien ou qu’il manque d’intelligibilité ;

  • Si à 4 ans, l’enfant bégaye, qu’il se fait difficilement comprendre, qu’il répète les mots sans comprendre ou qu’il utilise les mots d’une façon étrange ;

  • Si à 5 ans, l’enfant ne fait pas de phrases complètes, n’aime pas aller vers les autres enfants et leur parler, ou a du mal à suivre les consignes orales.

En matière de bilinguisme, le rôle des parents est de soutenir leur enfant. L’apprentissage d’une langue n’est pas un processus naturel ni génétique. L’enfant a besoin de comprendre sa situation, son histoire, de savoir pourquoi plusieurs langues sont utilisées à la maison, ou pourquoi on utilise une langue différente dans son école.

Dans un environnement cadrant et logique, l’enfant bénéficiera de ce multilinguisme sur différents plans et en fera un véritable atout. Il sera à l’aise dans différents univers culturels, ayant grandi avec une double référence. Il aura une plus grande flexibilité et capacité de concentration et une sensibilité accrue aux sons, se montrant plus attentifs aux variations. Et d’une manière générale, l’enfant bilingue aura plus de facilités dans l’apprentissage d’autres langues et donc sera plus facilement multilingue.

Vous avez aimé cet article ? Laissez vous tenter par la lecture d’autres articles écrits par Patricia Vilfeu, orthophoniste :

Le développement du langage chez l’enfant : points de repère

La tétine et les enfants : bienfaits et risques. 7 astuces pour arrêter

Mais aussi :

5 bonnes raisons de lire des histoires aux enfants

Comment stimuler la créativité des enfants ? 4 astuces

 

Pour vous abonner à Touk Touk Magazine, cliquez ici