Apprendre à Lire : comprendre les différentes Méthodes

Apprendre à Lire : comprendre les différentes Méthodes

Apprendre à lire : comprendre les différentes méthodes 

Apprendre à lire méthodes

L’acquisition de la lecture est à la fois source de fierté et d’angoisse. C’est sans doute l’apprentissage scolaire le plus engagé par les parents. Les familles sont généralement en quête de compréhension et de clés pour accompagner leurs enfants dans une éducation qui, aux yeux de tous, symbolise le premier pas dans la vie d’élève. Pourtant, ce qui passe souvent inaperçu, c’est que cet apprentissage commence bien avant l’entrée au CP. Comment aider nos enfants à apprendre à lire ? Comment comprendre les différentes méthodes d’apprentissage ? Touk Touk Magazine zoome sur les choix de transmission. Avertis, vous serez prêts pour consolider le chemin de la lecture de votre chérubin de 3 à 7 ans et l’amener vers l’autonomie.

C’est quoi apprendre à lire ?

petite fille apprend à lire

La lecture est une activité complexe qui requiert un nombre important de connaissances et de capacités ou opérations cognitives. Lire fait appel à la reconnaissance des lettres ou groupes de lettres (graphèmes) et à la manière dont elles codent les sons élémentaires du langage oral (phonèmes). Savoir lire, c’est donc savoir distinguer des signes écrits, les associer à des mots et à leur sens. Tout ça nous paraît bien naturel lorsque la lecture est maîtrisée. Mais « apprendre à lire » mobilise quatre notions singulières qu’il faut considérer :  

  1. La mémorisation visuelle : le lecteur doit faire appel à ses souvenirs, ses expériences, ses connaissances pour différencier la forme orthographique d’un mot qui lui évoque du sens. 
  2. Le déchiffrage : c’est réaliser du décodage phonologique grâce à la reconnaissance de l’alphabet. C’est savoir reconnaître des mots en associant des graphèmes à des phonèmes. En somme, connaître les lettres pour les assembler en mots.
  3. L’automatisation : lorsque le décodage des mots est automatique, il permet d’accéder à la compréhension de phrases et de textes plus facilement. Le lecteur peut alors atteindre une lecture fluide.
  4. La compréhension : c’est une activité cognitive complexe. Comprendre un texte, c’est s’en faire une représentation mentale cohérente en activant la signification des mots et leur relation dans la phrase.

Apprendre à lire, c’est donc apprendre à comprendre pour gagner petit à petit en autonomie et aimer la lecture. Il est possible d’aider son enfant à entrer naturellement dans l’apprentissage de la lecture (et ce avant le CP) en lui proposant des activités ludiques : manipulation de grandes cartes lettres, puzzles liant des mots à des images ou des lettres. Lire des livres et magazines avec lui, etc.

Pourquoi autant de méthodes ? | Les comprendre pour mieux accompagner son enfant

Ces différents raisonnements prennent leur source au sein du « Mouvement de l’éducation nouvelle » du XXe siècle. Elles ont pourtant un but commun : rendre le jeune lecteur autonome au plus vite. Tandis que certains précurseurs mettent en avant une transmission globale ou syllabique, d’autres s’interrogent davantage sur le développement naturel de l’enfant. La multiplication de ces processus d’apprentissage de la lecture a donné lieu à de nombreux débats concernant leur rentabilité. À l’échelle parentale, cela peut ressembler à une véritable jungle. Comment s’y retrouver ?   

Les méthodes traditionnelles : syllabique, globale, mixte

Ce sont les trois principales (les plus connues sans doute) qui ont fait leur preuve et sont encore plébiscitées par l’Éducation nationale

apprentissage de la lecture à l'école

  1. La méthode syllabique : ou « b. a – ba », est un des plus anciens enseignements de l’école moderne mis au point par le pasteur Stuber en 1762. Plus populaire sous le nom de « méthode Boscher » depuis 1906, elle est reconnue pour sa progression logique, son cheminement par étape vers l’autonomie et la fluidité en lecture. À partir du son des lettres, l’enfant apprend à les associer, puis à lire les syllabes et petit à petit les mots, même ceux qui ne lui sont pas significatifs. Ce système consiste linguistiquement à associer des graphèmes à des phonèmes. Dès que les syllabes simples sont assimilées, le déchiffrage des sons composés est abordé, à deux puis trois lettres (les “oin”, “eau”, “ill”, etc.). Mais, le temps que des automatismes se créent, que le jeune lecteur « reconnaisse » spontanément certains mots sans avoir à chaque fois à les déchiffrer, peut prendre du temps.
  2. La méthode globale : instaurée par le pédagogue et médecin belge Ovide Decroly, elle a connu son heure de gloire dans les années 70 / 80. Elle vise à enseigner la lecture sans passer par la maîtrise automatique et orale des lettres et syllabes. L’avantage, c’est que l’enfant aborde la lecture des mots sans avoir appris les sons syllabiques. Il accède à une lecture précoce rapidement, ce qui peut le motiver. L’inconvénient, c’est qu’il ne gagne pas totalement en autonomie puisqu’il ne sait pas déchiffrer les mots inconnus. Cependant, son efficacité est reconnue et fut remarquée par le linguiste Alain Bentolila pour lutter contre l’illettrisme

  3. La méthode mixte ou semi-globale : c’est sans doute la plus utilisée par les écoles. Elle combine les techniques de la syllabique en intégrant la rapidité de lecture de la globale. La nouveauté réside dans l’introduction de « mots-outils » (conjonctions, adverbes, etc.) que les enfants doivent identifier et apprendre par cœur pour en accélérer la lecture.

Les méthodes alternatives 

Des réfutations ont émané de l’observation des effets des enseignements dits traditionnels sur l’acquisition de la lecture, en parallèle d’une réflexion sur le respect du développement naturel de l’enfant. En voici quatre principales : 

apprentissage de la lecture alphabet

La méthode Montessori :

Maria Montessori, médecin et pédagogue italienne, est à l’origine de l’éducation sensorielle et kinesthésique de l’enfant. Elle s’est intéressée à des enfants de milieux sociaux et culturels défavorisés, ainsi qu’en difficulté d’apprentissage. Calée sur le rythme de l’enfant, sur ses forces et ses envies, sa pédagogie propose un milieu d’apprentissage stimulant, humaniste, ouvert sur le monde. Selon elle, « l’individu agit par lui-même pour apprendre parce qu’il est motivé par une curiosité naturelle ».

Elle privilégie la culture de l’envie d’apprendre plutôt que d’appliquer des concepts préétablis. Pour ce faire, elle déclare qu’il est primordial de connaître le développement de l’enfant, ses ressentis, la manière dont il perçoit les signaux et les stimuli avant de chercher à lui enseigner quoi que ce soit.

Contemporaine de Decroly, elle est plutôt adepte de la méthode syllabique qui donne aux enfants tous les outils pour l’autonomie. Cependant, elle va plus loin dans sa démarche et au lieu de proposer aux apprentis lecteurs de lire des syllabes juste pour s’entraîner, elle y associe le sens des mots. Ainsi est née la méthode phonémique de Maria Montessori.

Contrairement à la méthode syllabique, l’approche Montessori propose le codage des mots avec des lettres mobiles, sans passer par la syllabe. Par exemple : p a p a = papa. L’apprentissage met l’accent sur le sens en prononçant les phonèmes associés aux lettres des mots lus, puis en discriminant le mot. Autre exemple : en lisant les sons associés aux lettres v, i, t, e, il reconnaîtra « vite ». La lecture est donc faite simultanément sur le décodage en sons (phonèmes) et sur le sens.

La méthode naturelle Freinet :

Partant du principe que « l’enfant met en relation ce qu’il voit et ce qu’il connaît », Célestin Freinet bouleverse la vision de l’école traditionnelle et envisage une institution scolaire centrée sur l’élève.

Il s’inspire de la méthode globale pour mettre en œuvre une démarche dans laquelle il privilégie notamment la dictée à l’adulte des élèves auteurs comme point de départ de l’étude de la lecture. Il s’agit de permettre aux enfants d’élaborer des textes alors qu’ils ne savent pas encore écrire. Cela favorise une étroite articulation entre la lecture et l’écriture. Le jeune lecteur, à l’origine de l’histoire, est fier et prend plaisir à la lire ensuite car il en est l’auteur.

La méthode Charlotte Mason :

La pédagogie doit à cette enseignante britannique (1842 – 1923) l’introduction d’une éducation sur-mesure, riche en « living books » (livres vivants), qui procurent du plaisir et donnent envie de lire. Elle estime que nos chérubins ont besoin de ces livres inspirants en abondance pour se lancer dans la découverte de la lecture.

L’expérience de Céline Alvarez : « Pour une éducation respectueuse du fonctionnement humain ».

Plus récemment, le milieu éducatif scolaire a pu bénéficier de l’expérimentation de Céline Alvarez, linguiste de formation. De 2011 à 2014, elle choisit « d’infiltrer le système pour parvenir à le changer, pas pour enseigner. » Elle se laissait « trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique », a-t-elle expliqué au journal Le Monde en 2014.

Son approche pédagogique à la fois humaine, bienveillante et structurante cherchait des moyens de lutter contre l’illettrisme grandissant et préoccupant de la société actuelle. Dans son ouvrage « Les lois naturelles de l’enfant » elle relate cette expérience aux résultats positifs. Elle explique avoir fondé son approche pédagogique sur les travaux scientifiques de Maria Montessori et l’avoir enrichie grâce à l’apport des neurosciences.

La méthode Borel-Maisonny

Suzanne Borel-Maisonny est une des fondatrices de l’orthophonie du début XXe siècle. Sa pratique vise à combattre les troubles du langage par l’intermédiaire d’une méthode phonétique et gestuelle. Chaque phonème est associé à un geste unique, quelle que soit sa graphie. Par exemple, le son [o] est associé au geste d’un rond fait avec la main, qui sera fait pour toutes les graphies à décoder (o, eau, ô, ot, aux, etc.).

Nous avons vu précédemment que la lecture faisait appel à la mémoire visuelle. Or, les lecteurs présentant des troubles dyslexiques ou des troubles de l’articulation ont des difficultés d’actes de mémoire pour lier un son à son écriture. Les recherches ont démontré que les associer à un geste facilitait leur assimilation.

L’acquisition de la lecture peut paraître complexe. Combiner plusieurs pédagogies permet de couvrir toutes les facettes de l’apprentissage de la lecture tout en respectant les centres d’intérêt de votre enfant. Si elle est abordée dès le plus jeune âge grâce à la lecture régulière de livres et de magazines, le plaisir de lire s’instaure naturellement. Pour varier, vous pouvez écouter des histoires ensemble en podcast. Stimulez ses goûts, ses envies grâce à des divertissements. Lisez-lui des histoires de Touk Touk Magazine. Il y découvrira aussi des jeux, des animations sonores et des activités pour découvrir le monde qui l’entoure et assouvir, par la lecture, sa curiosité naturelle ! Passionné, il ne manquera pas de vous réclamer un abonnement

Carole BELLOEIL